Anne

Acte 1

Ado je rêvais de vivre en communauté. Une manière délicieuse de fantasmer un quotidien qui me paraissait moins banal que le mien, et que la « fraîcheur de vivre » des pubs pour « Hollywood chewing gum » nourrissait à gogo. Un moyen aussi d’éviter de faire face à quelques problématiques de vie devenant encombrantes.

Et puis… La colocation étudiante m’a confrontée à la réalité d’une entente aléatoire, parsemée de frustrations et d’engueulades autour de sujets plus ou moins essentiels … pourquoi changer la litière du cochon d’Inde tous les 2 jours alors qu’un nettoyage hebdomadaire suffisait amplement, comment partager le salon alors qu’il servait aussi de chambre privée au seul couple de la coloc, jusqu’à quand M. allait-elle continuer à oublier les casseroles sur le feu et à les faire cramer, ETC. L’immaturité de nous tous contribuait bien sûr à rajouter de l’huile sur le feu, on rêvait de communication sans connaître nos besoins. Bref, il nous fallait grandir encore un peu pour se rapprocher des principes de Marshall Rosenberg et apprendre à se causer sans finir par se jeter les mots à la figure. La colocation a duré une année. N’empêche… de l’évoquer aujourd’hui, ça m’émeut.

La vie ensuite m’a enseigné comment mieux me connaître, comment apprivoiser le silence, comment habiter avec délice chaque moment de solitude, comment chérir cette intimité essentielle pour comprendre où j’en suis, où je vais, ce que je souhaite et quel sens ça a. Mais j’aime toujours l’idée de faire se frotter l’une à l’autre et dans la bienveillance toutes ces différences qui font la richesse de chacun et qui savamment agencées peuvent construire une intelligence collective des plus jubilatoires. Je rêve de vivre dans un lieu « ensemble et séparément », comme le suggère le livre de Monique Eleb et Sabri Bendimérad, un lieu au sein duquel l’ajustement de l’équilibre entre intimité et vivre ensemble est sans cesse au goût du jour.

Acte 2

En tant que formatrice en milieu médico-social, je me suis souvent questionnée sur la manière la plus juste de se comporter auprès de personnes désorientées qui cherchent partout leurs repères. Lorsque ma mère est violemment passée de chez elle à l’EHPAD, et que le diagnostic d’Alzheimer est tombé, j’ai d’abord passé mes heures d’insomnie devant internet, à vérifier partout si d’autres n’avaient pas eu l’idée géniale de tester quelque chose de différent pour accueillir et accompagner ces personnes si fragiles. Nourrie de ces trouvailles (merci notamment à Nicole Poirier, à Colette Roumanoff…) et fatiguée de mes incessants aller-retour en Lorraine pour passer un peu de temps avec ma maman, j’ai fait ce rêve sous la tonnelle, oui, celui dont je parle dans la vidéo. Je me suis souvenue aussi de ce que la présence de mon arrière-grand-mère, longtemps restée près de nous dans l’appartement juste au-dessus, avait apporté de réconfort, de force tranquille, de sagesse et d’humour à la petite fille que j’étais.

Acte 3

Je me suis dit « chiche ! » et j’ai commencé à écrire, puis à en parler, un peu, autour de moi…

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